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Idées reçues

« En été, pour se laver, on attend la pluie comme dans la pub du gel douche ! »

27 août 2012, par Marie-Pierre Buttigieg

Il paraît que la misère serait moins pénible au soleil. Bien sûr ! En été, tous les SDF se baladent avec une serviette de plage sur l’épaule, des tongs et sirotent des boissons fraîches, les doigts de pied en éventail sur Toulouse Plage ! Petite provoc’... pour refroidir quelques idées reçues qui mènent la vie dure aux personnes à la rue, qui aimeraient bien trouver autre chose que du sable sous les pavés toulousains et son cagnasse estival.


Pour Sylvain, 23 ans, la question paraît un peu bizarre. En deux ans de rue, pas de doute, c’est quand même mieux en été. « On se tracasse moins pour chercher un endroit où dormir. On peut rester dehors à la belle étoile. En hiver, on se déplace plus souvent d’une structure à l’autre. Et puis, le sac à dos est plus lourd entre le duvet et les vêtements chauds, c’est la galère. Fatigué ou pas, il faut toujours bouger, chercher un endroit où se mettre à l’abri. Et on tombe malade, comme tout le monde, la grippe, les angines ». Ce qui est certain, confirme Brice, 40 ans, c’est que les gens sont plus généreux : « En hiver, ils ont pitié de nous voir dehors, ils nous donnent plus d’argent quand on fait la manche. En été, non. On perd la moitié de notre recette ». A Toulouse comme ailleurs, les habitués partent en vacances et les touristes ne sont pas là pour donner une petite pièce aux SDF. La recette est en chute libre pour Sylvain et Brice qui travaillent à leur façon sur un bout de trottoir. « Quand on me dit, va travailler ! Je réponds : mais tu crois que je fais quoi là ! La manche, c’est un job. On ne vit pas aux crochets de la société. Ce n’est pas l’état qui nous aide mais surtout les associations. On nous a dit d’étudier et voilà où j’en suis », lance Brice avec ses 10 années de rue sur le dos et ses diplômes en friche. « On a chacun nos heures pour la manche », reprend Sylvain. « Moi, j’y suis de 10h à 13h et de 16h à 20h. C’est à ce moment-là qu’il y a le plus de passage. C’est une nécessité pour survivre. On essaie d’avoir de bonnes relations avec les commerçants et les gens du quartier qui nous connaissent. En échange d’une pièce, je donne toujours un bracelet ou une statuette que je fabrique, je me sens plus à l’aise. Mais en été, il y a moins de monde, on est plus seuls ».

Au mois d’août, c’est le vide associatif

Les Toulousains ne sont pas les seuls à faire la pause estivale. Les associations, elles aussi, ferment boutique au mois d’août. La ville se vide et plonge dans une torpeur angoissante pour les personnes à la rue. « Même les flics s’ennuient en août, alors ils nous contrôlent davantage, ça les occupe. Pourtant, ils nous voient du matin au soir au même endroit. Ils nous verbalisent, vident nos canettes dans le caniveau. Comme il fait trop chaud, on marche un peu moins et contrairement à ce que les gens pourraient penser, on boit beaucoup moins », raconte Sylvain. Les risques de déshydratation sont plus élevés et certaines associations distribuent des bouteilles d’eau quand elles sont encore là. « Finalement, en hiver, tu ne meurs pas de faim. Tu peux mourir d’autre chose, c’est sûr mais les associations sont là. Les Restos du coeur font la distribution de repas jusqu’au début du printemps, après la nourriture devient un problème. Il faut se débrouiller pour manger. En été, c’est encore pire, surtout au mois d’août. La plupart des associations sont fermées. Les gens se sentent abandonnés, c’est encore plus vrai pour ceux qui ont l’habitude de fréquenter les structures ». Mais pour Brice, le plus dur, c’est certainement l’hygiène : « En été, on se pourrit vite les pieds à force de marcher avec nos grosses chaussures fermées. On n’est pas en tongs ! On fait des kilomètres à pied et on ne peut pas changer nos chaussettes tous les jours. C’est parfait pour choper des trucs. Les lieux où on peut prendre une douche sont fermés. On ne peut pas laver les duvets et plus personne n’en distribue dès les beaux jours. C’est vraiment très dur. On attend la pluie comme dans la pub du gel douche ! Non je plaisante bien sûr ! ».
Finalement, à chaque saison, sa galère. Qu’il neige ou qu’il vente, que le beau temps soit de la partie, la misère, elle, n’en est pas moins pénible même avec quelques coups de soleil pour faire plus joli.


SDF Allain LEPREST par damiennison

2 Messages de forum

  • Je trouve cet article des plus importants. Le mois d’août et même les trois mois d’ete sont tres agressifs, stressant pour le corps. Nous savons cela au moins depuis la canicule de 2003. Il faudrait envoyer cette info au ministere du logement, ou au gouvernement, afin de promouvoir des reponses plus consequentes pour le grand nombre. Pourquoi le mois d’août est-il choisi pour fermer l’ensemble du reseau d’aides ? Pourquoi ne pas creer des emplois saisonniers au moment de cette periode charniere et delicate ? Et pourquoi ne pas penser aux vacances des SDF ? La societe de demain a besoin d’ouvrir son panel de decisions de partage... Solidairememt vôtre. myriam m, medecin generaliste (de gauche).

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    • L’association Main Tendue distribue des repas aux personnes sans domicile toute l’année, tous les dimanches soir entre 18h30 et 20h30 devant la gare Matabiau. (plus de 7000 repas par an). Elle est la seule association offrant ce service pendant l’été. L’association Main Tendue31 est née dans le cœur de personnes désireuses d’aller au devant des plus vulnérables qui subissent une situation d’exclusion sur la ville de Toulouse. L’association Main Tendue31 intervient sur Toulouse auprès d’un public parfois très précarisé voire exclu de toute forme d’aide autre que caritative. Elle mène son action en s’appuyant sur une équipe de 54 bénévoles autour de ce qui constitue la clef de voute de son action : l’accueil inconditionnel et sa présence à l’autre ; en d’autres termes : des êtres humains qui accueillent d’autres êtres humains. Main Tendue31 a voulu dès le départ s’inscrire dans le réseau social de la ville. Les lieux, jours et heures ont fait l’objet d’une étude afin de répondre au mieux aux besoins de ce public et de ne pas doubler une action déjà mise en place. L’association, connue par la Veille Sociale (115), la Mairie de Toulouse et le Pôle d’Accueil d’Information et d’Orientation (P.A.I.O.) travaille dans le respect de l’individu.

      RESTO’RUE Depuis le début de son activité, l’association a distribué des repas complet et chauds dans la rue à des centaines de personnes par semaine. Ce qui représente plus de 40000 repas. Son activité se déroule toute l’année en non exclusivement sur la période hivernale, ce qui lui permet d’avoir un suivi régulier de ses bénéficiaires. Elle se veut attentive aux besoins exprimés. Le cas échéant, Main Tendue31 oriente les individus vers le partenaire social ou médical le mieux adapté aux besoins diagnostiqués. Les repas servis par l’association sont des supports pour ouvrir à d’autres actions. Le désir de Main Tendue31 est de nouer des liens avec les bénéficiaires et de leur offrir des moments d’écoute, de partage et de détente. A l’occasion de Noël, l’association organise un repas de fêtes (100 bénéficiaires en moyenne)

      Cependant, l’association ne propose pas que des moments de détente mais profite de ce lien privilégié pour mener des actions préventives. Le véhicule sert de support à différents documents d’information (drogue, alcool, Sida, maladies sexuellement transmissibles…) avec une distribution ponctuelle de produits d’hygiène (shampoings, savons, dentifrices, brosses à dents, protections féminines, couches pour bébé…..).

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