Pour Sylvain, 23 ans, la question paraît un peu bizarre. En deux ans de rue, pas de doute, c’est quand même mieux en été. « On se tracasse moins pour chercher un endroit où dormir. On peut rester dehors à la belle étoile. En hiver, on se déplace plus souvent d’une structure à l’autre. Et puis, le sac à dos est plus lourd entre le duvet et les vêtements chauds, c’est la galère. Fatigué ou pas, il faut toujours bouger, chercher un endroit où se mettre à l’abri. Et on tombe malade, comme tout le monde, la grippe, les angines ». Ce qui est certain, confirme Brice, 40 ans, c’est que les gens sont plus généreux : « En hiver, ils ont pitié de nous voir dehors, ils nous donnent plus d’argent quand on fait la manche. En été, non. On perd la moitié de notre recette ». A Toulouse comme ailleurs, les habitués partent en vacances et les touristes ne sont pas là pour donner une petite pièce aux SDF. La recette est en chute libre pour Sylvain et Brice qui travaillent à leur façon sur un bout de trottoir. « Quand on me dit, va travailler ! Je réponds : mais tu crois que je fais quoi là ! La manche, c’est un job. On ne vit pas aux crochets de la société. Ce n’est pas l’état qui nous aide mais surtout les associations. On nous a dit d’étudier et voilà où j’en suis », lance Brice avec ses 10 années de rue sur le dos et ses diplômes en friche. « On a chacun nos heures pour la manche », reprend Sylvain. « Moi, j’y suis de 10h à 13h et de 16h à 20h. C’est à ce moment-là qu’il y a le plus de passage. C’est une nécessité pour survivre. On essaie d’avoir de bonnes relations avec les commerçants et les gens du quartier qui nous connaissent. En échange d’une pièce, je donne toujours un bracelet ou une statuette que je fabrique, je me sens plus à l’aise. Mais en été, il y a moins de monde, on est plus seuls ».
Au mois d’août, c’est le vide associatif
Les Toulousains ne sont pas les seuls à faire la pause estivale. Les associations, elles aussi, ferment boutique au mois d’août. La ville se vide et plonge dans une torpeur angoissante pour les personnes à la rue. « Même les flics s’ennuient en août, alors ils nous contrôlent davantage, ça les occupe. Pourtant, ils nous voient du matin au soir au même endroit. Ils nous verbalisent, vident nos canettes dans le caniveau. Comme il fait trop chaud, on marche un peu moins et contrairement à ce que les gens pourraient penser, on boit beaucoup moins », raconte Sylvain. Les risques de déshydratation sont plus élevés et certaines associations distribuent des bouteilles d’eau quand elles sont encore là. « Finalement, en hiver, tu ne meurs pas de faim. Tu peux mourir d’autre chose, c’est sûr mais les associations sont là. Les Restos du coeur font la distribution de repas jusqu’au début du printemps, après la nourriture devient un problème. Il faut se débrouiller pour manger. En été, c’est encore pire, surtout au mois d’août. La plupart des associations sont fermées. Les gens se sentent abandonnés, c’est encore plus vrai pour ceux qui ont l’habitude de fréquenter les structures ». Mais pour Brice, le plus dur, c’est certainement l’hygiène : « En été, on se pourrit vite les pieds à force de marcher avec nos grosses chaussures fermées. On n’est pas en tongs ! On fait des kilomètres à pied et on ne peut pas changer nos chaussettes tous les jours. C’est parfait pour choper des trucs. Les lieux où on peut prendre une douche sont fermés. On ne peut pas laver les duvets et plus personne n’en distribue dès les beaux jours. C’est vraiment très dur. On attend la pluie comme dans la pub du gel douche ! Non je plaisante bien sûr ! ».
Finalement, à chaque saison, sa galère. Qu’il neige ou qu’il vente, que le beau temps soit de la partie, la misère, elle, n’en est pas moins pénible même avec quelques coups de soleil pour faire plus joli.


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