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Consommer autrement

La ruche qui dit oui : AMAP 2.0

28 juin 2012, par Nicolas Mathé

S’emparant de la mouvance qui tend à repenser nos modes de consommation de manière plus rationnelle, une entreprise a misé sur le web pour rapprocher consommateurs et producteurs. Plus souples qu’une AMAP, ces ruches d’un genre nouveau sont en train d’essaimer un peu partout et notamment en Haute-Garonne.


Un facebook de la nourriture ? Une bonne vieille réunion tupperware ? Un concept novateur de consommation ? «  La ruche qui dit oui », start-up lancée en 2010 par le designer industriel et passionné de cuisine Guilhem Chéron, réunit un peu tout ça à la fois. Une initiative en tout cas terriblement dans l’air du temps puisqu’elle répond au besoin grandissant de consommation éthique et responsable tout en surfant sur la vague impressionnante des réseaux sociaux. Le principe est simple. Suffisait d’y penser comme on dit. Les ruches se présentent comme des plateformes communautaires d’achats groupés privilégiant les circuits-courts. Chacun (particulier, entreprise, école) peut constituer une ruche en réunissant une quarantaine de consommateurs potentiels. L’inscription sur le site est gratuite. Il suffit ensuite de démarcher des producteurs locaux pour qu’ils proposent leurs produits sur le site. Ces derniers s’engagent à livrer à partir du moment où le seuil de commandes qu’ils ont eux-mêmes fixé afin de garantir la rentabilité est atteint. Selon les fréquences choisies par le fondateur de la ruche, de une à plusieurs fois par mois, les « abeilles  » viennent ainsi récupérer leurs achats au point de livraison de la ruche.

Tout le monde y gagne ?

Les ruches proposent une grande diversité de produits et la différence des AMAP, les clients sont libres de piocher selon leur gré et surtout de choisir la fréquence de leurs commandes. Bien moins contraignant donc, le système semble contenter tout le monde grâce aussi à la qualité des produits et aux prix raisonnables, la marge, également répartie entre le fondateur de la ruche et le site, étant fixée à 15% du prix des ventes. Libres d’estimer eux-mêmes le seuil de rentabilité à partir duquel ils acceptent de se déplacer, les producteurs aussi se retrouvent dans le concept, même si leur collaboration à une ruche ne constitue souvent qu’une rémunération complémentaire de leur activité initiale. Sylviane Duffau, productrice installée à Lacaugne, livre régulièrement la ruche du Fauga, la première créée en France par Odile Mailhé : «  j’ai été contacté par Odile l’été dernier. Je venais à peine de me lancer, alors je n’ai pas hésité, pour moi ça été une aubaine  ». Même si ses ventes à la ruche représentent à peine 1% de son chiffre d’affaire, Sylviane ne regrette pas : « pour moi, ça ne peut que être qu’un plus, ça me fait connaître et puis je n’ai rien à faire de plus à part me déplacer pour livrer. C’est un gain de temps. La marge est correcte, les magasins prennent en général 30%, moi j’ai un espace de vente directement sur mon exploitation donc, pour le site, je suis obligé de majorer tous mes prix de 20% mais je pense que les gens sont prêts à payer ça pour avoir tout sur place. Il ne faut pas rêver, ils n’ont pas le temps de faire le tour de toutes les fermes du coin ».

Un futur ogre de l’économie numérique ?

Le temps. Une des clés du succès. Car si «  La ruche qui dit oui  » semble avoir trouvé une recette adaptée aux modes de vie actuels, c’est qu’elle a su résoudre l’équation à priori impossible : donner du sens à la consommation sans ralentir la course folle du temps. Cela sera peut-être sa limite à long terme. Pour l’instant ça marche, plus de 500 ruches se sont montées en France dès la première année. Deux première ruches ont vu le jour à Toulouse récemment et de nombreuses sont en construction dans la région à Roques, Castanet, Cugnaux ou l’Union. L’aspect communautaire fonctionne à plein régime. Sur le site les membres échangent allègrement sur les produits, proposent des recettes ou de nouveaux producteurs. Bref, la sympathique start-up soutenue par des pontes de l’économie numérique tel Xavier Niel ou le fondateur de Meetic Marc Simoncini, pourrait rapidement se transformer en ogre. Elle aura au moins accrédité la thèse selon laquelle on est toujours plus forts groupés. Même virtuellement ?

4 Messages de forum

  • La ruche qui dit oui : AMAP 2.0 Le 14 novembre 2012 à 08:44 , par Marc

    La ruche qui dit oui, ne remplace en rien le système des AMAPs. Sur le long terme il pousse les fermes à moins de diversité et participe à la disparition des petites fermes diversifiées, à courte échéance. De plus le système semble attractif pour la rémunération des personnes accueillant les ruches mais qu’en est-il de leur imposition ? Le site de la ruche prends 10% + une tva de 19,6 mais les ruches elle-même 10 % seulement, combien vont-il payer de taxe sur ces ventes ??

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  • La ruche qui dit oui : AMAP 2.0 Le 11 septembre 2012 à 13:37 , par Pierre

    Bonjour,

    L’amalgame entre les AMAPs et les "ruches" est regrettable. Les deux systèmes de distribution n’ont en effet rien à voir.

    Une AMAP repose sur un engagement mutuel du producteur et des mangeurs. C’est cet engagement, qui s’inscrit dans le temps, qui fait toute la différence et qui permet au producteur de travailler sereinement.

    Une ruche n’est finalement qu’un système de commande groupée qui n’assure aucun revenu stable au producteur. De plus la marge dégagée semble énorme (entre 7.5 et 10% selon l’article) par rapport au service fourni qui se résume à l’administration d’un site internet : on voit alors qui a intérêt au développement de ces ruches.

    Je trouve dommage de retrouver ce type de confusion (souvent présente dans les media généralistes) dans un medium tel que Friture. Franchement, l’article ressemble plus à une publicité qu’autre chose.

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  • La ruche qui dit oui : AMAP 2.0 Le 5 juillet 2012 à 10:48 , par gatti alain

    bonjour, cela me fait peur pour un petit producteur comme moi diversifié ,ou bien une super aubaine pour ne faire que 4 articles,en somme ce qui a fait disparaître tout mes collégues de ceinture verte,les petits maraîchers diversifiés. on verra,peut être adieu les derniers et leur diversitée. cordialement GATTI alain

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    • La ruche qui dit oui : AMAP 2.0 Le 11 septembre 2012 à 12:49 , par treillemuscate

      Votre titre est trompeur. Rien à voir avec une AMAP qui est l’antithèse de ce dernier avatar de l’art de faire du pognon sur le travail des autres, paysans comme mangeurs. Et cerise sur le gâteau, paysans et mangeurs font le boulot et paient en plus. Bravo !

      Ce n’est pas un hasard que l’on retrouve comme actionnaires des personnes qui ont montré qu’elles savent en faire.... du pognon, pas cultiver les salades ou élever les veaux.

      ET essayez d’imaginer ce que ces braves gens d’actionnaires vont empocher : 15 ou 20% (c’est pas clair) des transactions (la nourriture) au niveau national !! en faisant un site. Beau retour sur investissement ou belle spéculation, comme vous voudrez, en ces temps de crise.

      Et mieux que ce que fait Carrouf sans doute ! et même plus besoin d’avoir des bâtiments, du personnel, des palettes de produits à gérer, plein de tracas quoi.

      Une AMAP cherche au contraire à construire des relations honnêtes et justes entre ceux qui produisent la nourriture et ceux qui en ont besoin, chacun prenant en compte les besoins de l’autre de son mieux. Et par la même à maintenir et aider à recréer l’agriculture nourricière dont nous avons tous besoin.

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