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Collectif Bar-Bars

Le circuit court de la culture

10 juin 2012, par Philippe Bertrand

Face aux grosses machines culturelles, tournées des Zénith ou des stades avec billets à prix d’or et festivals en plein air, les cafés-cultures proposent aux curieux une alternative sérieuse, malgré une réglementation toujours plus contraignante et l’aspiration à la tranquillité de leurs voisins. Réunis en un collectif citoyen, ils se veulent les interlocuteurs obligés de la puissance publique.


En février dernier, une pétition a circulé pour que les concerts, arrêtés depuis 2010, reviennent à l’Autan, un bar toulousain . Pourtant, depuis 1988, ce lieu incontournable pour la scène musicale alternative a permis d’écouter et de découvrir des centaines de groupes plus ou moins connus, d’ici ou d’ailleurs. Ce n’est pas la première fois qu’une telle pétition est lancée pour sauver ces cafés-concerts qui ne font pas que dans la limonade en proposant une programmation culturelle plus ou moins riche en décibels.
Les cafés concerts ont été et demeurent les terrains de jeux des jeunes artistes amateurs, leur permettant de faire leurs premières armes sur scène, le passage obligé entre le local de répétition, la fête de la Musique et, pour une partie d’entre eux, de plus grandes scènes.
Créé en 1999 à Nantes par des patrons de bistrots en tout genre, le collectif Culture Bar-Bars défend la spécificité des cafés-cultures, ces troquets qui proposent une programmation culturelle variée. « Nous offrons une vision de ce que peut-être la culture populaire demain, explique Denis Tallédec, directeur de Culture Bar-Bars. A l’heure où Live Nation (multinationale culturelle, NLDR) rachète des catalogues d’artistes, des scènes, et font passer leurs artistes sur leurs scènes, nous proposons une alternative à la culture institutionnelle. Nous sommes la plus grosse salle de spectacle de France.  » Le Festival Culture Bar-Bars, porté par le collectif, est le deuxième événement en terme de couverture à l’échelle nationale. Chaque année à l’automne, ce sont 105 000 festivaliers qui viennent assister à 500 spectacles organisés sur 3 jours, et applaudir plus de 2000 artistes.
Souvent, c’est la curiosité qui prime. Pour Thomas Rameaux, du Petit London à Toulouse : «  On a une clientèle assez variée pour ne programmer qu’un type de musique, on défend une programmation qu’on aime que qu’on veut faire partager. »

De la musique, pas du bruit…

Aujourd’hui, Bar-Bars regroupe près de 200 établissements sur tout le territoire, dont plus de 60 dans le grand Sud-Ouest. Depuis son origine, il y a la volonté d’être un interlocuteur reconnu des pouvoirs publics, et de faire des propositions pour démocratiser la culture dans l’intérêt général. Cela passe par la création d’un statut du musicien amateur ou l’aménagement de la licence d’entrepreneur de spectacle, afin d’éviter le passage de café à salle de spectacles, autrement plus contraignant...
Si les concerts ravissent la curiosité des clients, c’est loin d’être la même chose pour certains riverains. Excédés par le bruit, ils n’hésitent pas à faire appel aux forces de l’ordre. « Ce n’est pas du bruit, c’est de la musique, assure Denis Tallédec. On ouvre un lieu pour créer du bonheur et pas pour ennuyer ses riverains. Les gens ont tendance à appeler tout de suite la police avant d’aller voir le responsable du lieu. » Et même s’il existe un principe d’antériorité défini dans le code de la Construction et de l’Habitation, valable pour les aéroports comme pour les bars, ce sont souvent les riverains qui ont gain de cause en cas de nuisances sonores. Paru en 1998, un décret réglemente les niveaux sonores dans les lieux où on diffuse de la musique amplifiée. S’il a permis de réduire le volume dans la plupart des cafés-cultures, il a aussi entraîné la fin de la programmation musicale, pour une partie d’entre eux. En effet, le décret prévoit la réalisation d’une étude acoustique et la mise aux normes des établissements par des travaux d’isolation, une dépense importante que tous les établissements, surtout les plus petits, ne peuvent assumer. Une refonte de ce texte est demandée par les professionnels, afin de permettre la cohabitation entre riverains et de préserver la diversité culturelle, avec la mise en place d’aides financières pour la mise aux normes des lieux.

Pourtant, plus que le volume de la musique, c’est plus souvent le bruit généré par le public à l’extérieur de la salle qui pose problème, et encore plus depuis l’application de la loi anti-tabac, mise en œuvre sans penser aux difficultés qu’elle pourrait générer.
Pour faire face à ces problèmes, le collectif travaille avec les municipalités, prônant la concertation et la conciliation, comme en matière pénale ou matrimoniale. Selon les villes, le dialogue est plus ou moins délicat. Des chartes de la vie nocturne ont fait leur apparition, comme à Toulouse, engageant les différents partenaires publics et privés pour œuvrer vers une fête sans nuisance en respectant la réglementation avant tout.
On a souvent parlé du rôle social du bistrot, en ville comme dans les campagnes. Un lieu de mixité de population, où les rencontres humaines se font spontanément et naturellement, où on fait la fête. Le collectif Culture Bar-Bars y est aussi attaché qu’à la diversité culturelle qu’il propose, alors que chaque semaine des cafetiers mettent la clé sous la porte.

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