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Rencontre

« La France est l’un des rares pays d’Europe à distribuer des films latino-américains »

15 mars 2011, par Ariane Mélazzini-Dejean

Esther St Dizier, présidente d’honneur de l’association Arcalt, revient sur l’édition 2011 et le fabuleux destin d’un festival associatif et militant.


Vous n’avez pas hésité à résister aux décisions politiques en ce qui concerne le Mexique. Pourquoi ?

E. Saint-Dizier : Tout d’abord, parce que c’est le travail d’une année de programmation et de sélection de films. Et aussi parce que le Mexique est un pays qui compte beaucoup dans le paysage cinématographique latino-américain, de par sa production, son histoire ainsi que son patrimoine cinématographique important.

Plus de 20 ans après la création du festival, pensiez-vous mener ce projet associatif et militant aussi loin ?

E. S-D
. : Nous avons commencé avec des subventions ridicules mais avec beaucoup d’enthousiasme et d’énergie. Cette manifestation, au fil des ans, a grandi et a acquis la reconnaissance des professionnels du cinéma en France comme en Amérique latine. Nous pouvons également compter sur de nombreux jeunes bénévoles, entre 250 et 300 bénévoles à chaque édition, qui s’investissent à fond dans l’aventure. C’est un pari renouvelé chaque année, surtout au niveau financier.

"Lucía" Niles Atallah


Comment est née l’idée du festival ?

E. S-D. Le projet est né en 1989, de la volonté de cinq associations de solidarité avec l’Amérique latine. L’association que nous dirigions, France Amérique Latine, menait des actions de soutien politique et matériel, à travers des projets surtout médicaux sur tout le continent. À l’époque de la fin des dictatures et des transitions à la démocratie, cette solidarité était déjà très politique. Nous pensions que le cinéma serait un vecteur intéressant pour élargir la connaissance de l’Amérique latine et des peuples latino américains auprès du public.

Toulouse a-t-elle un lien particulier avec l’Amérique latine ?

E. S-D. : Toulouse réunit pas mal d’atouts pour que ce festival y trouve bonne place : ville cinéphile (avec la 2e cinémathèque de France), ville universitaire (avec une importante section Amérique latine), une école de cinéma, un lycée de la communication. Mais aussi la présence d’une forte communauté hispanisante depuis la fin de la guerre d’Espagne.

Le danger de voir ce cinéma disparaître, comme vous le mentionniez dès le début, est-il toujours présent ?

E. S-D. : À la fin des années 80, le Brésil, qui avait habituellement une grosse production cinématographique, était tombé au niveau zéro. La culture n’était alors pas une priorité, le cinéma encore moins. Ce festival était destiné à mieux faire connaître, diffuser et distribuer ces cinématographies. Aujourd’hui, dans les pays qui ont accédé à la démocratie, la culture a pris plus d’importance et des lois sur le cinéma ont été mises en place pour favoriser la production et la distribution des films produits en Amérique latine.

"Asalto al cine" Iria Gómez

Chaque pays a-t-il son identité ?

E. S-D. Chacun a, bien sûr, sa singularité, même si tous ont une langue commune, hormis le Brésil (où on parle le portugais) et surtout une histoire commune de colonisation et d’indépendance. Ces dernières années, par exemple, en Argentine, nous avons vu beaucoup de films sur la crise financière de 2001, mais aussi des fictions et documentaires sur la dictature, c’est une manière de récupérer une histoire et une mémoire importante.

Avez-vous constaté une évolution, voire révolution, dans le cinéma d’Amérique latine, ces 20 dernières années ?

E. S-D. : Le cinéma des années 70 à la fin des années 80 était essentiellement militant, social et politique. Les thématiques ont commencé à se diversifier dans les années 90. Des sujets de société étaient traités à travers des histoires plus intimistes, et non un discours politique direct. Ces films intimistes traitent de sujets existentiels et sociétaux. C’est souvent bien plus parlant qu’un discours frontal.

Vous accordez une place importante au documentaire. Y a-t-il une tradition latino ?

E. S-D. : La tradition vient de cette histoire très politique et sociale et se poursuit aujourd’hui. Le documentaire s’est beaucoup renouvelé dans la forme comme dans la qualité artistique. On peut parler de documentaires de création, intéressants non seulement pour les sujets qu’ils traitent mais également par le langage utilisé, qui se rapproche de la fiction. Les frontières sont aujourd’hui extrêmement perméables entre le documentaire et la fiction, au point que beaucoup de festivals ont éliminé cette frontière. La France est l’un des rares pays d’Europe à distribuer des documentaires et des longs-métrages (25 à 30 par an).

La nécessité de primer les films s’est-elle imposée ?

E. S-D. : Nous avons résisté pendant plusieurs années, mais c’est vraiment à la demande des Latino-américains que nous avons introduit la compétition. Il est important, pour eux, d’afficher un prix aux Rencontres de Toulouse.

Propos recueillis par Ariane Mélazzini-Déjean

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