Il y a cinq ans, parler d’éco-hameaux en France relevait de la pure utopie. Pourtant, certains se sont lancés dans l’aventure, convaincus d’être sur la voie d’un futur plus enviable : constructions écologiques, utilisation et partage des énergies renouvelables, agriculture biologique, systèmes collectif de retraitement des déchets, récupération des eaux de pluie, etc.
L’Isle Arné : le facteur humain en question
En 2005, Gérard Vivès, habitant de la petite commune de l’Isle Arné dans le Gers, met un terrain d’un hectare et demi, dont il a hérité en plein cœur du village, à contribution d’un éco-hameau, constitué d’un village d’artisans, d’habitats sociaux, d’un centre de formation, d’une épicerie bio, etc... Le groupe d’habitants constitué, des « néo ruraux », on discute de l’avenir des 10 parcelles à habiter. Mais, sur le terrain, les idéologies ne se fondent pas dans le paysage. Écolos purs et durs contre paysans réfractaires, les critiques fusent, le maire se désolidarise. « Il faudrait qu’il y ait plus de locaux sur un tel projet, j’étais seul face à des personnes qui ne se souciaient pas de la réalité locale », regrette encore Gérard Vivès, qui reconnaît que la gestion humaine est la raison principale de leur échec. À cela s’ajoutent le manque de financement des futurs habitants et leur refus de faire appel à des professionnels pour les démarches juridiques et architecturales. En décembre 2008, le permis de lotir est finalement accordé par la mairie, mais les candidats ont déserté… Seul, Gérard Vivès préfère aujourd’hui se concentrer, avec l’aide de deux architectes, à des ventes sur plan de 4 à 5 maisons écologiques, vendues clé en main, pour 250 à 300.000 euros…
Cazeneuve Montaut : le spectre de la secte
Depuis 2005, le projet de Cazeneuve Montaut dans le Comminges, épaulé par François Plassard, concepteur des éco-hameaux (lire interview), en collaboration avec la mairie, n’a pas non plus trouvé preneur auprès des locaux, qui ne voyaient pas d’un bon œil l’implantation de lotissements sociaux, même écologiques, tout comme l’arrivée d’une population « communautaire, qui ne se serait pas intégrée au village ». François Blanc, ex-coordinateur du projet, pointe lui « le manque de pédagogie des élus envers les habitants ».
Verfeil sur Seye : imbroglio judiciaire
À Verfeil sur Seye, près de Toulouse, depuis 2004, la situation est différente mais toute aussi bloquée. Soutenu par le conseil municipal, la préfecture, le Pays Midi-Quercy (le projet est inscrit dans sa charte de développement ainsi que dans sa charte paysagère), l’Ademe, la région Midi-Pyrénées, le CAUE (Conseil en architecture urbanisme et environnement), FNE 82 (France Nature Environnement de Tarn-et-Garonne), l’éco-hameau, pourtant en construction, se heurte à une association de voisins très procédurière. Cette dernière prétend que ces logements porteraient préjudice à ses propriétés et s’acharne à contester en justice toute décision municipale. Résultat : constructions suspendues et plus de 10.000 euros de frais de justice pour les acquéreurs. Des élus d’Europe écologie ont apporté leur soutien au maire, Daniel Durand, qui compte bien « se battre jusqu’au bout »… Dommage, c’est pourtant le projet le plus abouti en région. Peut-être sera-t-il devancé par l’éco-hameau d’Auzas dans le Comminges qui vient de se lancer dans les démarches depuis le mois de mars dernier ? Affaires à suivre.
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