Retour à l'accueil > DOSSIERS > Energie : quoi de neuf dans les tuyaux ? > L’état des lieux > « Les éco-hameaux n’ont pas trouvé de soutien politique »

Entretien- Eco-hameaux

« Les éco-hameaux n’ont pas trouvé de soutien politique »

21 avril 2011, par Ariane Mélazzini-Dejean

Pour François Plassard, docteur en économie, ingénieur agronome, concepteur de la démarche Eco-hameaux, le co-habitat écologique en Midi-Pyrénées manque cruellement de parrains politiques pour imposer ses bienfaits.


Pourquoi ne trouve-t-on pas de projets d’éco-hameaux viables en Midi-Pyrénées, peut-on parler d’un coup d’arrêt ?

Il y a, effectivement, un coup d’arrêt sur les démarches collectives de co-habitat dans cette région. Mais cela n’est pas forcément dû aux projets en eux-mêmes. Car, en Midi-Pyrénées, comme dans toutes les régions de France subissant la crise sociale et la baisse du pouvoir d’achat, l’auto-construction individuelle se porte bien, mais nous voulons apporter une valeur ajoutée en à passant l’auto-construction collective, comme une alternative aux lotissements, qui ont enlaidi les villages. L’idée d’un éco-hameau est d’apporter de la vie dans les villages, en réunissant des gens qui délocalisent leur activité, en emmenant un urbanisme de hameau sans voiture au centre, une mixité d’âge et sociale, des maisons bioclimatiques. La démarche humaine n’est ni communautariste, ni une démarche de marché, ce n’est pas non plus de l’éco-village mais du co-habitat, une logique intermédiaire. C’est sans doute pour cela que notre association (A.E.S., Auto-éco Constructeurs de l’Economie Solidaire) a reçu le prix CIME Balise Midi Pyrénées national 2003 sur le thème du développement durable, pour le concept des éco-hameaux. Mais la vraie raison de notre échec est essentiellement politique, puisque cette reconnaissance n’a été suivie d’aucune volonté politique. Ce n’est en rien un échec idéologique sur l’urbanisme puisque nos éco-hameaux participent à une économie de coûts en réalisant des habitats bioclimatiques à des prix 30 % inférieurs aux prix du marché.

Comment expliquez-vous ce refus ?

Nous étions soutenus par les Verts à l’époque, mais notre démarche transversale, sous l’aspect urbanistique et humain, a été refusée tout net par le Parti socialiste, qui n’a pas donné un centime aux projets. Nous les avons rencontrés, organisé des réunions à la Région, c’était « Niet ! ». Un élu PS m’a même dit : « On ne veut pas d’éco-hameau, c’est la filière et la spéculation du marché ou la filière HLM ! ». À la campagne, notre démarche est tout à fait appropriée car le coût du foncier est moins élevé qu’en ville.
Certains se plaignent que le message ne passe pas au niveau de la population locale…
À Verfeil, nous avons monté un Groupe local d’accueil de 9 personnes, avec le président, la bibliothécaire, le président du festival culturel, qui s’est réuni, tout le monde était emballé, enthousiaste. Le groupe a présenté le projet à la population, a reçu les candidats, je ne connais aucun promoteur privé qui aurait fait 1% de ce que l’on a fait en termes de transparence et de communication ! Toute notre construction tient compte d’un kilowatt heure par mètre carré et par an, inférieur à 40, avec un faible rapport humain, mais là on se heurte à de la jalousie locale, c’est du Clochemerle, c’est dommage !

Avec un appui politique, ce serait passé ?

C’est évident. Nous et le maire aurions été appuyés politiquement par un Parti Socialiste qui se serait impliqué en disant : « Voilà du neuf sur l’organisation sociale en milieu rural, voilà des liens possibles ville-campagne avec de l’éco-bâtir, dont on va avoir de plus en plus besoin, à cause de l’inflation, voilà du développement local et territorial, etc. » Malheureusement, la féodalité du PS n’en veut pas ! Et pourtant dans les réunions d’économie solidaire, on discute d’éco-hameau, le PRG, le parti radical et le PS en parlent dans leurs plaquettes, mais ce n’est que du blabla électoraliste ! Une élue m’a même avoué : « Ce n’est pas notre boulot de conseiller régional d’aider à développer des éco-hameaux,alternatives aux lotissements. » Je me suis découragé et je m’intéresse aujourd’hui à d’autres régions.

Y a-t-il des projets qui avancent en France ?

À 40 km de Rennes, nous sommes en train de monter un éco-hameau sur le même modèle que Verfeil sur Seye, qui va servir d’exemple et qui devrait fonctionner. Sa valeur ajoutée : huit maisons pour les retraités, une maison des aïeux, 3 maisons pour jeunes avec enfants et une maison d’accueil pour les invités des retraités. Une même initiative va sortir de terre à 10 km d’Agen, à Clermont-Dessous, avec comme projet la thérapie par les abeilles. Il y aura une chambre d’hôtes pouvant accueillir 15 clients du centre de thérapie par les abeilles, ce sera le 2e en Europe. Mais ces projets ne viennent pas de Midi-Pyrénées, alors que cette région nous attribué un Prix sur le développement durable, c’est un comble !

Quels sont les clés de leur réussite ?

Nous travaillons d’abord avec les mairies, qui doivent donner leur accord. Une fois que la municipalité a trouvé le terrain, nous accompagnons la démarche, pendant deux ans au minimum, en matière d’ingénierie financière, architecturale et urbanistique ainsi que de l’ingénierie de formation et d’accompagnement, ce sont les 3 clés qui font le succès d’un éco-hameau. Le problème de fond est que la question de l’accès au logement s’aggrave. Avec cette démarche, nous voulons prouver qu’un éco-hameau intégré au territoire est accessible au plus grand nombre.

Existe-t-il un label “Éco-hameau” ou “Éco-village” ?

Nous avions déposé l’ “Éco-hameau” comme marque commerciale, car je ne voulais pas que les promoteurs tels que Bouygues se proclament “Éco-hameau” en mettant quelques arbres de plus dans un lotissement. Le sous-titre est « groupement d’habitats bioclimatiques groupés sans voiture ». En France, nous avons été tellement formatés par l’individualisme qu’il vaut mieux parler de co-habitat que d’éco-village. Pour certains politiques, éco-village signifie communauté et nous sommes vite catalogués comme une secte !

Combien d’éco-hameaux en fonctionnement actuellement en France ?

Il y a des éco-lieux, mais très peu d’éco-hameaux, on peut les compter sur les doigts des deux mains ! C’est la preuve, selon moi, de la difficulté de la société civile d’inventer des démarches à l’écart du tout-marché, de toute cette chaîne de production qui va du promoteur à l’usager final et qui fait monter les prix vers le haut à chaque étape.

5 Messages de forum

  • « Les éco-hameaux n’ont pas trouvé de soutien politique » Le 23 mai 2011 à 13:29 , par whites zara

    C’est exactement pourquoi il ne faut pas voter pour un parti de droit, ni de gauche. L’écologie n’appartient pas à un coté, la nature n’est pas de droite ni de gauche...tant qu’on sépare les choses, on n’arrivera à rien. Il va falloir trouver un moyen d’unir, comme ça, c’est moins chacun pour sa pomme, et si nous nous donnons la main, on est plus forts, et les ecovillages verront le jour très vite, car le temps presse. votons sagement, la prochaine fois ! Car les partis au delà du clivage existent, mais les médias ne les donnent pas la parole ! http://arretezdemontrertoujourslesm...

    bien à vous, Zara/Esther

    Répondre à ce message

  • « Les éco-hameaux n’ont pas trouvé de soutien politique » Le 23 avril 2011 à 11:31 , par François Saint Pierre

    Il existe un fossé entre les politiques qui décident localement des règles d’urbanisation (avec l’appui de professionnels, comme ceux de l’AUAT) et les passionnés qui ont un projet dans la tête et dans le cœur. Il est évident que l’on peut mettre en cause sur ce point l’inertie des notables locaux, en général plus ou moins socialistes. Mais on peut aussi pointer la non participation de la plupart des citoyens aux instances locales de participation. Si on veut faire évoluer les règlements d’urbanisme, il faut aller discuter là où la partie se joue... plutôt qu’au tribunal administratif, qui n’est pas une excellente instance pour faire évoluer la loi.

    Répondre à ce message

  • « Les éco-hameaux n’ont pas trouvé de soutien politique » Le 22 avril 2011 à 11:35 , par Mazeres Maryse

    bonjour,

    Plusieurs points sur lesquels j’aimerais rebondir :

    • le conservatisme des élus ps, oui, on est de plus en plus nombreux à nous en apercevoir.
    • la jalousie des villageois, ils vous jalouseront jusqu’à ce que certains prennent à leur compte certaines choses que vous leur avez appris, et les annoncent comme de leur propre découverte ! j’ai vécu cela, mais à une échelle plus petite, dans la France profonde, un petit village de la "Bresse humide".

    Je pense avoir solutionné ma quète d’association en décidant de construire un petit projet en famille, et oui, le miracle va peut être se réaliser, acheter une maison ancienne avec terrain, et la séparer en petits apparts avec chauffage collectif, jardin collectif, jardin école, que nous, les deux soeurs animerons.

    Pourquoi les éco hameaux ne peuvent pas voir le jour ? parce que les concepteurs montrent leur capacité à décider, à organiser, et font peur au pouvoir, aux pouvoirs, puisque les partis politiques sont des pouvoirs avec hélas, à leur tête des gens manquant cruellement d’intelligence émotionnelle.

    Enfin, je pense que pour toute difficultés à imposer des choses innovantes qui font peur, il faut persévérer, peut etre en y allant plus progressivement, sur certaines notions ? à mon sens, il ne faut pas baisser les bras et aller ailleurs.

    les éco hameaux en France, c’est comme le "coaching" on crie à la manipulation, à la secte, il faut persévérer, doucement, progressivement, en découpant le problème en quartiers, et doucement, cela va passer.

    Maryse Mazeres Formatrice Conseil Coach. Tarn

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Le maga­zine papier tri­mes­triel existe depuis 2006. Vous trou­ve­rez ci-contre les pre­miers numé­ros de la nou­velle for­mule et autant de dos­siers thé­ma­ti­ques com­po­sés de repor­ta­ges, por­traits, infos pra­ti­ques, port­fo­lios, entre­tiens... Tout ce qui fait le "ton" de Friture Mag.

Bon feuille­tage, bonne lec­ture.

Friture Editions est sou­tenu par  :

  • Le numéro 13
  • Hors-série N°1
  • Numéro 14
  • Friture Mag N°15
  • Le N°16
  • Friture Mag N°17
  • Le magazine N°18