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Témoignages

Une vie à la chaîne

16 décembre 2010, par Valérie Lassus


A 18 ans, Yvonne a commencé a travailler à la chaîne, changeant souvent d’employeur dans un contexte où il était facile de trouver un emploi. En 1980, elle est entrée chez Siemens Automotive, jusqu’à sa retraite en 2004.
« C’était un poste de précision qui me plaisait bien. Quand le travail de nuit pour les femmes a été autorisé, j’ai sauté sur l’occasion à la perspective de mieux gagner ma vie -je divorçai alors et m’occupai de mes deux enfants. Régime café, cigarette et Guronsan ! En dormant 5 à 6 heures par jour, ça allait. Cependant, ma première opération du canal carpien avait eu lieu en 1998 et depuis, je n’ai cessé d’avoir des problèmes aux deux mains. La direction n’a pas reconnu cette maladie comme professionnelle. Mais le paysage économique avait bien changé, j’étais plus âgée, je ne voulais pas perdre mon ancienneté et le travail de nuit était bien payé J’ai serré les dents, malgré les douleurs, malgré la pression parfois insupportable de mon supérieur direct.

Car les cadences ont considérablement augmenté à la fin des années 90. Pourtant, si les relations avec des cadres méprisants étaient difficiles, nous partagions de bons moments avec les collègues. Puis les employés ont été poussés à partir en pré-retraite et remplacés par des intérimaires. L’ambiance a changé. Quand je suis partie, j’étais la seule en CDI sur ma chaîne. Aujourd’hui ? J’ai repris le travail ! Je suis aide à domicile. Je souffre à cause de mes mains (polyarthrite déformante), mais je ne peux me passer du contact avec les autres. « Mes mamies », c’est comme cela que j’appelle les personnes âgées chez qui je vais, me racontent d’autres histoires... Des relations très fortes se sont nouées entre nous alors, tant pis pour la douleur. Pour mes mains, je verrai plus tard ! »

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