Qui a dit que le monde de la musique classique était figé, enfermé dans un fonctionnement bourgeois et guindé ? L’histoire de l’orchestre de chambre de Toulouse demeure inédite : cet ensemble de 12 musiciens, qui écume les salles du monde depuis 1953, avec plus de 5 000 concerts à son actif et près de 60 disques, prouve tout le renouveau de cet univers.
En 2001, l’ensemble est au bord du gouffre. Son directeur musical, Alain Moglia, est licencié. Le déficit atteint 400 000 euros pour un budget de 900 000 euros. Le succès de l’orchestre aurait-il fait tourner la tête aux administrateurs de ce n’est alors qu’une association dont les frais, d’hôtel et « de bouche » par exemple, sont somptuaires ?
Fin 2003, certains musiciens, dont Renaud Gruss, alors contrebassiste et délégué syndical, révèlent l’affaire. Ils entreprennent également des démarches pour sauver le petit frère de l’orchestre du Capitole. C’est lors d’une réunion organisée par l’Union régionale des SCOP, que les musiciens syndiqués des cordes et des vents découvrent le statut coopératif, son fonctionnement, sa transparence.
Une sorte de « bataille des LIP », toutes proportions gardées, dans le monde rêvé et envié du classique ? Avec l’appui des différentes collectivités, une mobilisation des musiciens, et le soutien du sérail musical national, Renaud Gruss et 8 autres deviennent les premiers salariés associés de la SCOP Orchestre de chambre de Toulouse. Les salaires sont revus à la baisse.
La mairie, la DRAC (direction régionale des affaires culturelles), puis le conseil général suivi par le conseil régional Midi-Pyrénées accordent des financements, confortés par la volonté marquée de l’ensemble mobilisé pour continuer de faire vivre l’orchestre, qui est un ambassadeur de renom de la ville.
Le nouveau statut assure une transparence financière, permet d’encadrer les dépenses, et redonne aux salariés associés le contrôle de leur outil de production, tout en évitant de possibles dérives financières et médiatiques via des administrateurs ou des investisseurs indélicats.
Depuis 2004, l’ensemble, composé de 12 à 30 musiciens selon les formules, a connu des hauts et des bas, mais il continue de jouer dans les festivals ou les grandes salles. Bien que son budget ait été revu à la baisse, l’orchestre se produit dorénavant, grâce sa nouvelle image, dans des endroits inédits, comme récemment lors d’un vernissage du festival photo Manifesto à Toulouse.
D’ici à ce que L’Internationale retentisse à chaque début de concert…


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