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[Rétro-pédalage - 1/12] Septembre

Un revenu d’existence pour vaincre les pauvretés ?

24 décembre 2012, par Mathieu Arnal

Photo Flickr

Verser inconditionnellement une allocation, sans justification de ressources, cumulable avec tout autre revenu, à tout individu de sa naissance à sa mort pourrait passer pour une utopie. Pourtant, ce revenu de base qui permettrait de subvenir à chacun à tous ses besoins de base ne fait que respecter l’un des principes décrits dans l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, édictée en 1948.


On peut l’appeler revenu d’existence, revenu de base, revenu de citoyenneté, revenu social garanti ou bien encore dividende universel. Ce nouveau type de revenu qui n’est pas lié au travail, ou à une prestation sociale, libérerait la dépendance salariale et donnerait une nouvelle liberté, celle de choisir sa propre vie. Un tabou qui est difficile à lever lorsque l’on sait que le travail appréhendée de façon contrainte, vue comme une souffrance, est intimement lié à la culture judéo-chrétienne et nous renvoie à la célèbre maxime de Saint-Paul « gagner sa vie à la sueur de son front  ». Pour Frédéric Bosqué, coordinateur du Sol Violette, la monnaie solidaire complémentaire toulousaine et co-fondateur de l’antenne tarn-et-garonnaise de l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (AIRE), il s’agit «  d’un outil d’émancipation. Il faut sortir du schéma traditionnel de celui qui travaille, qui apporte à la société par sa production et qui peut subvenir à ses besoins par son sens du devoir, du dévouement, assujetti à une tâche  ».

Un nouveau rapport au travail

Il ne s’agit pas de nier le travail salarié mais d’y voir une nouvelle relation contractuelle déjà ébauché par de multiples expérimentations. Parmi les plus tangibles, celle initiée par François Plassard. Cet ancien ingénieur agronome et ancien directeur de recherche au CNRS, fondateur du Système d’échange local (SEL) Cocagne à Toulouse, avait initié le partage volontaire du travail avec le « chèque du temps choisi » en Rhône-Alpes entre 1992 et 1996. L’embryon d’un futur chèque de citoyenneté qui servait à créer de l’activité en dehors de l’entreprise. «  Les salariés avaient accepté de réduire leur temps de travail à un mi-temps pour se consacrer à la réalisation d’un projet de temps choisi, non lucratif dans la vie associative, et permettre l’embauche d’un chômeur. Ils obtenaient un chèque de temps choisi de 3 700 francs net par mois pendant deux ans, versé par le fond partenarial pour l’emploi, correspondant à l’économie réalisée par la collectivité sur le coût d’un demi-chômeur. » Mais cette vision transformatrice d’une société plus créative a été bloqué par la culture identitaire d’une gauche favorable à un retour hypothétique au plein-emploi et à la progressive instauration de la loi sur les 35 heures.

L’instauration, le montant et le financement du revenu

Concrètement, ce revenu inconditionnel et inaliénable passerait par l’instauration d’une caisse du revenu d’existence. Dès sa naissance, chaque citoyen se verrait ouvert par ses parents un compte bancaire d’existence (CBE). Chaque mois ce compte serait crédité d’un revenu d’existence dont le montant global serait garanti sur la capacité de production durable de la nation. Jusqu’à sa majorité, une partie serait utilisée par sa famille pour son éducation pendant que l’autre, épargné dans le capital d’entreprises locales qui à l’avenir seraient donc en mesure de servir ses besoins de base, lui génèrerait des intérêts qui feraient grandir le petit capital initial de l’individu jusqu’à sa majorité. Pour les adultes, ce revenu d’existence serait un complément d’un salaire ou d’une prestation sociale. Ce droit garanti serait accompagné de la suppression de nombreuses prestations aujourd’hui versées (myriade de 150 allocations diverses actuelles). Le montant fait encore débat. Ainsi, pour l’économiste Yoland Bresson, le président de l’AIRE et co-fondateur au niveau mondial du Basic Income Earth Network (BIEN), prône une somme de 300 euros pour tous. L’économiste libéral Jacques Marseille, décédé l’an passé, était favorable à une allocation universelle de 750 euros mensuels à tous les Français âgés de plus de 18 ans, la moitié pour les mineurs. De son côté, Christine Boutin, la présidente du Parti chrétien-démocrate souscrit à cette idée mais en ne proposant que 400 euros par adulte et 200 euros par enfant. Enfin, quant au financement, il est généralement lié à deux sources les plus souvent évoquées, par redistribution ou par création monétaire. La première solution proposée par l’universitaire Marc de Basquiat prend la forme d’une réforme de l’impôt sur le revenu qui serait transformé en Impôt Universel de Redistribution des Revenus (IURR). La seconde solution ne coûterait mais nécessite toutefois la réappropriation par l’Etat de la fonction régalienne de création monétaire.

  • Voir le documentaire "Le revenu de base, une impulsion culturelle".

Les expérimentations de l’allocation universelle

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’intellectuel franco-américain Thomas Paine est l’un des premiers penseurs du revenu de vie dans son ouvrage Agrarian Justice (Justice agraire). Il y évoque l’idée d’une dotation inconditionnelle pour tout individu à l’âge adulte et d’une pension de retraite elle aussi inconditionnelle à partir de 50 ans. L’idée s’est développée et a convaincu notamment aux Etats-Unis où l’Alaska a mis en place dès 1976 le Fonds Permanent de l’Alaska, une forme particulière d’allocation universelle est basée sur les revenus miniers et pétroliers Ainsi, en 2003, chaque citoyen a reçu une somme d’environ 1 000 euros et 850 euros en 2004. Au Canada, l’Etat de l’Alberta verse, depuis 2006, 400 dollars canadiens à chacun de ses résidents, financés par les licences pétrolières qu’il a accordées. En Europe, le concept est relancé dans les années 1980 par les économistes français et belge Yoland Bresson et Philippe Van Parijs. D’autres universitaires ainsi que des politiques de toutes tendances, des altermondialistes aux libertariens (qui prônent la liberté individuelle absolue dans les rapports sociaux) sont regroupées au niveau mondial au sein de la structure internationale du Basic Income Earth Network (BIEN).

2 Messages de forum

  • Eliminer la pauvreté en France Le 29 octobre 2012 à 10:23 , par Bernadette

    Alain Leroux *, que j’ai eu la chance de rencontrer à un colloque de ma Mutuelle , a écrit un livre sur ce sujet.

    Il propose une autre solution très intéressante aussi. Supprimer toutes les allocations pour les remplacer par une seule allocation.

    En effet, chaque "allocation" répond à des critères précis,parfois difficiles à cerner...Mais des milliards sont affectés aux aides...Comment mieux faire ?

    Dans son livre "Eliminer la pauvreté en France" il explique le fonctionnement qu’il a "inventé". Un lien pour lire les notes qu’il a inspirées à un économiste

    http://economiepublique.revues.org/1676

    Il semble qu’il ait écrit un autre livre, plus "pratique" ( j’avoue que j’ai eu du mal à tout comprendre sur ce premier, qu’il m’a offert car je l’avais raccompagné à son hôtel...le colloque n’ayant pas prévu son retour !!!)

    *****************************************************************

    Présentation de l’éditeur :

    Peut-on éliminer la pauvreté en France ? Sans doute, à condition de pratiquer la solidarité autrement que nous ne le faisons. Prolongeant une étude antérieure, ce petit livre explique en termes simples en quoi consiste le dispositif de l’allocation personnelle. A la lecture de cet entretien, l’objectif visé : " zéro pauvre, moins d’impôts ", n’apparaît plus comme une chimère mais, au contraire, comme un but que l’on doit politiquement s’assigner. Le principe de l’allocation personnelle est maintenant clairement établi. Au plan des institutions et des mécanismes, ses traductions concrètes restent toutefois largement ouvertes. Précisément, cet ouvrage a pour vocation d’amorcer un vaste débat public, invitant le citoyen à s’emparer de cette proposition, afin d’y apporter ses suggestions ou ses correctifs.

    *Biographie de l’auteur Alain Leroux est professeur d’économie à l’Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille. Il est l’un des principaux promoteurs de la philosophie économique, conçue comme domaine spécifique de réflexion, à l’intersection de la philosophie et de l’économie. Fondateur de la Revue de philosophie économique.

    ********************************************************************

    Alain Leroux m’a semblé être un homme enthousiaste, intelligent et concret.

    Son livre mérite d’être lu.

    Personnellement, je cois que je préfère sa façon de voir les choses au revenu minimum d’existence.

    Mais peut-être est-ce que j’ai moins bien compris l’intérêt du RME que celui de l’allocation unique.

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  • Un revenu d’existence pour vaincre les pauvretés ? Le 6 septembre 2012 à 16:26 , par Pierre

    Initiative européenne dès la mi-septembre pour le revenu de base :

    En septembre 2012 (vers le 10 ?) sera lancée une initiative citoyenne européenne (ICE) en faveur du revenu de base par notre réseau français, conjointement avec les réseaux militants et associatifs de 14 autres pays. Il s’agira, sur une durée d’un an, de rassembler un million de signatures en Europe, dont au moins 54000 en France, afin que le revenu de base devienne un sujet de débat officiel de la Commission Européenne et du Parlement, et que ceux-ci prennent des mesures en ce sens. http://revenudebase.info/initiative...

    Un livre de référence sur le revenu de base : Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire gratuitement le livre : L’Allocation Universelle, Editions La Découverte, Paris Paru en 2005, ce livre reste une référence incontournable sur le thème du revenu de base inconditionnel. Aujourd’hui épuisé, vous le trouverez en téléchargement sur le site de l’Université du Louvain où enseignent les deux auteurs, Yannick Vanderborght et Philippe Van Parijs. Télécharger le livre : http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc...

    Sur Facebook sur ce sujet :
    https://www.facebook.com/RevenudeBase

    Pour rappel : Soit le but de la société est d’assurer le bien-être de chacun, soit la société n’a pas de raison d’exister. _

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